Jusqu'où collaborer ?

I – Propositions critiques

C - Défauts et incohérences

2 - Les dérives du critère libéral de l'efficacité

La seconde approche critique qu'on peut envisager à propos du libéralisme vise le coeur du sujet, c'est-à-dire son efficacité supposée. Le libéralisme, philosophiquement proche du pragmatisme, est en effet largement fondé sur le principe suivant: aucune idéologie contraignante ne doit guider l'action, seul le résultat compte. Ce qui est bien, c'est ce qui marche. C'est le succès dans les faits qui constitue la justification principale de l'action entreprise.

Dans ces conditions, si l'on parvient à montrer que le libéralisme ne fonctionne pas, on sape son fondement même, sa raison d'être. Or, une telle critique peut être entreprise à deux points de vue:
- Le libéralisme a tendance a accentuer les inégalités, ce qui peut se traduire au-delà d'un certain point par une baisse d'utilité générale
- A partir d'un certain stade, les inégalités s'auto-entretiennent et font apparaître symétriquement des situations de rente et des situations de misère chronique peu propices au progrès.
a – La tendance au déséquilibre
D'un point de vue économique, le libéralisme se caractérise d'abord par le faible niveau de redistribution des plus riches vers les plus pauvres. Selon la théorie libérale classique, une telle disposition se justifie par le dynamisme qu'elle tend à entretenir. Chacun étant responsable de son revenu, nul ne peut attendre d'effet d'aubaine de la part de la collectivité. Donc chacun doit se mettre au travail. Un tel dynamisme profite, toujours selon le canon de la théorie classique, principalement aux plus riches, mais aussi aux plus pauvres. Ainsi, la théorie libérale dit en gros:
- dans un système autoritaire, tout le monde gagne 1 à t0, et 2 à t1 en vertu des progrès techniques.
- dans un système libéral, tout le monde gagne 1 à t0, et à t1 les riches gagnent 10 et les pauvres gagnent 3. Les inégalités se sont accentuées, mais même les pauvres sont mieux lotis qu'ils ne le seraient en système autoritaire;

Ce genre de théorie est particulièrement difficile à valider dans les faits. Contrairement à ce qui se passe dans les sciences dures, on ne peut monter aucune expérience qui permettrait de tester l'un et l'autre systèmes en parallèle dans deux pays différents, toutes choses égales par ailleurs. On est toujours contraint d'analyser les situations ex post facto, ce qui limite considérablement les conclusions de toute étude scientifique sur la question. On ne peut donc pas se prévaloir ici de la méthode chère à Claude Bernard, louée des positivistes et souvent paradoxalement invoquée par les économistes prétendant à la scientificité. De surcroît, du fait du nombre considérable de variables potentiellement actives dans le modèle, il est très difficile de mettre en évidence le moindre rapport de cause à effet isolé.

Il est évident que l'échec éclatant des deux grandes tentatives d'économie administrée (Russie et Chine du milieu du XXème siècle) tend à discréditer définitivement les systèmes centralisés autoritaires et collectifs. C'est d'ailleurs bien la chute du mur de Berlin en 1989 qui a consacré le triomphe du libéralisme à l'échelle du globe. Cependant, depuis lors, on doit constater que les inégalités continuent de s'accroître sans que cette augmentation semble rencontrer de limite.

Cet inégalitarisme de revenus, et plus encore de patrimoine est probablement liée à l’absence de système de valeur qui pourrait venir le concurrencer, le modérer ou le dominer. Le coefficient de Gini, qui est l'indicateur macro-économique usuellement utilisé pour mesurer les inégalités, est proche de son plus haut historique à la fois aux USA et en Chine, soit dans les deux pays les plus puissants du monde. En France également, malgré une tradition ancienne de redistribution, les inégalités s'accroissent. Par exemple, un individu faisant partie des 1% les plus riches possède environ 800 fois plus qu'un individu faisant partie des 10% les plus pauvres. Si bien qu'aujourd'hui, si l'on ajoute à l'accroissement des inégalités le facteur de l'allongement de la durée de vie, le vrai critère d'un mariage d'intérêt n'est plus le niveau d'études du futur conjoint, mais... le patrimoine de ses grands-parents!

Il va de soi que les inégalités ne peuvent croître indéfiniment. Indépendamment de l'aspect moral de la question, en restant strictement dans le domaine économique, on peut s'en convaincre en raisonnant à l'extrême. Lorsqu'une fraction, même significative, de la population, sombre dans une pauvreté telle qu'elle n'a plus les moyens de se nourrir, elle risque tout simplement de dépérir sur place. Contrairement à la croyance populaire, une telle situation ne se traduira pas forcément par un soulèvement du peuple contre le régime en place. Il est vrai que dans certaines situations historiques, des révolutions ou au moins des émeutes ont éclaté suite à des famines. Mais le plus généralement, les populations concernées sont si faibles que toute révolte leur devient physiquement impossible. C'est l'un des effets secondaires de la malnutrition: les affamés deviennent certes irritables, mais avant tout épris d'une immense lassitude. C'est sans doute la raison pour laquelle des groupes humains de plusieurs millions d'individus ont disparu sans réaction apparente dans des situations pourtant très variées: catastrophe climatique (Bengale 1943, environ 2 millions de morts), totalitarisme délirant (Grand Bond en Avant de 1959 en Chine, 20 millions de morts), oppression politique (Holodomor 1932, 2 à 5 millions de morts), misère et désorganisation généralisées (Ethiopie 1984, 1 million de morts), déportation (camps de concentration Nazis 1933-1945, plusieurs millions de morts).

En faisant abstraction de tout critère moral, on peut penser que la famine est une forme comme une autre de limitation de la population, qui a sans doute toujours fait partie de la vie des hommes. Si l'on peut regretter le fait qu'aujourd'hui, alors même que l'humanité produit suffisamment de denrées alimentaires pour nourrir tout le monde, "on" laisse encore les famines se produire, on doit aussi admettre qu'il s'agit peut-être là d'un moindre mal (parfaitement acceptable du point de vue utilitariste), en ce qu'une croissance démographique sans borne risquerait de conduire à des catastrophes plus considérables encore. Reste à savoir ce que désigne ce "on": les autorités politiques nationales et supra-nationales, les citoyens des démocraties qui ont leur part de responsabilité dans la préférence pour les régimes libéraux, les autorités financières qui n'interdisent pas la spéculation sur les denrées alimentaires, les idéologues de plateaux télévisés qui préfèrent attirer l'attention sur des problèmes sociétaux beaucoup plus secondaires, etc.

Prenons un cas simple: Blythe Masters est l'opératrice de marché à l'origine des CDS, ce qui lui a valu d'être accusée par le journal The Guardian d'être "la femme qui a inventé les armes financières de destruction massive". Travaillant pour la banque JP Morgan, elle a joué un rôle décisif dans les résultats (positifs) de sa banque dans les années 2000. Elle a pris la tête des opérations sur les matières premières depuis 2010. Quelle que soit sa rémunération personnelle, on peut considérer que son impact sur le monde se mesure, d'un point de vue financier, en milliards de dollars, peut-être en dizaines de milliards de dollars. Cette puissance n'est pas qu'une abstraction. L'action de Blythe Masters a des conséquences très concrètes sur le monde, puisqu'elle consiste à spéculer sur l'évolution du cours des matières premières, dans un objectif exclusif de profit (il ne s'agit pas là d'une condamnation ni même d'un jugement de valeur, mais d'un simple constat objectif, cet objectif exclusif de profit étant d'ailleurs vraisemblablement explicite dans son cas). Si elle risque d'affamer une partie de la population africaine par une opération de spéculation particulièrement rentable sur le cours du riz ou du maïs, non seulement elle ne doit pas s'interdire de le faire, mais au contraire elle doit le faire, du point de vue des règles d'efficacité économique qu'elle s'est fixées. Et c'est bien ce qu'elle fait. Ni morale ni immorale dans son action d'achat et de vente de produits dérivés, elle cherche simplement à maximiser son gain. Que ce gain s'obtienne en contrepartie d'une famine n'est pas son problème. A titre personnel, elle s'implique dans la lutte contre le cancer du sein, problème qui n'a rien à voir avec son action quotidienne sur les marchés.

Parallèlement, nous observons que dans une période récente, les famines en Afrique ont causé des centaines de milliers de morts (Niger 2005, émeutes de la faim 2007-2008, famine de 2011 dans la Corne de l'Afrique), et que la hausse des prix a joué un rôle important dans ces crises.

On ne peut pas vraiment dire que le métier de Blythe Masters consiste à gagner des millions de dollars pour tuer des centaines de milliers d'Africains, et qu'elle s'achète une conscience par une action marginale de lutte contre le cancer du sein (dont le bénéfice revient principalement aux femmes occidentales). Ce serait réducteur. D'autres causes ont joué, culturelles et politiques. Blythe Masters n'est pas elle-même responsable des règles du jeu auquel elle participe. Et puis, si elle n'avait pas agi comme elle l'a fait, d'autres sans doute l'auraient fait à sa place. Cependant, ne peut-on pas en dire autant des responsables des camps d'extermination nazis? Eux non plus n'avaient pas décidé des règles de l'holocauste: ils se contentaient de les appliquer au mieux. Eux aussi étaient substituables par d'autres. Et d'autres causes interféraient avec leur action propre pour conduire à l'extermination des Juifs.

On ne peut même pas affirmer que le monde serait meilleur sans Blythe Masters et l'ensemble de ses semblables. Personne ne peut affirmer que si des millions d'Africains étaient sauvés de la faim aujoud'hui, la situation humanitaire ne serait pas pire demain. Même le plus sincère des utilitaristes peut difficilement énoncer sa préférence entre un monde peuplé de 5 milliards d'individus ayant une utilité de 2 et un monde de 20 milliards d'individus ayant une utilité de 1. Car personne ne peut dire si l'objectif est de maximiser l'utilité totale ou l'utilité moyenne par individu.

Ce qu'on peut en revanche affirmer, c'est qu'il existe une limite au raisonnement. La coexistence dans le monde de Blythe Masters et des affamés d'Afrique pose déjà des problèmes gênants, même si on ne peut les trancher. Mais si les inégalités continuent de se creuser sans limite, si la classe moyenne disparaît par agrégation minoritaire à la classe aisée et agrégation majoritaire aux classes défavorisées, voici ce qui pourrait se passer:

Dans ce cas fictif (mais retenant des règles de transition constantes d'une période sur l'autre), on note que:
  • On part d'une situation relativement équilibrée, avec des différences de richesse entre catégories significatives, mais limitées
  • La classe moyenne disparaît progressivement
  • Les pauvres deviennent toujours plus nombreux, et toujours plus pauvres
  • Les riches deviennent toujours moins nombreux, mais toujours plus riches, à la fois en valeur relative et en valeur absolue
  • Et globalement, la richesse totale s'accroît. C'est d'ailleurs aussi le cas de la richesse moyenne, puisque l'effectif total est constant

    Bien entendu, cet exemple est simplifié. Dans la réalité, la classe moyenne (majoritaire au début) résisterait sans doute si sa seule perspective était de s'appauvrir. Mais ce n'est pas comme cela que les choses se produisent. La plupart des membres de la classe moyenne ne changent pas d'une période sur l'autre. Certains s'appauvrissent. Et d'autres, moins nombreux certes mais qui peuvent toujours être donnés en exemple, s'enrichissent beaucoup. En outre, il n'existe pas trois classes isolées, mais un nombre plus grand de subdivisions qui se chevauchent. Qu'importe, le résultat est le même: une séparation au sein de chaque classe, puis entre les classes, pour en arriver à une société à plusieurs vitesses d'abord, puis à deux vitesses seulement vers la fin: une masse de misérables, et une poignée de nababs. Cette logique de division est d'ailleurs tout à fait compatible avec le jeu de la bourse, la multiplication des structures financières, et le principe du contrôle majoritaire. Puisqu'on peut contrôler une société avec 51% des titres, on peut, par simple extension mathématique, contrôler 1,98 avec 1, et plus généralement 1,98 puissance n avec 1 si on imbrique n structures les unes dans les autres. Si n est suffisamment grand, on peut contrôler une valeur arbitrairement grande. Par exemple, si on dispose de 100 euros, on peut contrôler la totalité de la richesse du monde avec une structure comportant n=40 étages. C'est un principe que personne ne peut pousser à son terme, pour des questions de faisabilité juridique et de difficulté à convaincre les actionnaires minoritaires, mais qui se trouve au coeur de nombreux montages financiers complexes, en particulier dans la gestion de fonds et dans la promotion immobilière. Fondée sur le principe de l'effet de levier, elle transpose au monde économique la bonne vieille martingale connue de tous les joueurs de casino. Une autre façon de voir les choses est la suivante: supposons que chaque décennie, la dynamique du capital provoque une concentration des entreprises d'un facteur 2 sans qu'aucune autre apparaisse, et supposons que nous partions d'un pays où il existe environ 10 millions d'entreprises. En un peu plus de deux siècles, il ne reste plus qu'une unique entreprise qui domine la totalité de l'économie du pays.

    C'est bien là qu'on voit que le système ne peut évoluer jusqu'à son terme: si la dynamique du système libéral amène des riches toujours plus riches à se séparer de pauvres toujours plus nombreux, à la fin il ne restera plus qu'un individu unique détenant toute la richesse du monde face à une horde de miséreux entièrement démunis. Or un tel monde, outre qu'il n'est pas moralement souhaitable, n'est pas non plus économiquement concevable. Car même si la production matérielle est de plus en plus mécanisée, il faut tout de même un minimum d'agents de maintenance pour permettre au système de fonctionner. Il y aura donc nécessairement, à un moment ou à un autre, des mouvements d'ajustement, voire d'inversion de tendance.

    Même avant d'atteindre ce point d'inflexion, on peut, en utilisant les outils des utilitaristes eux-mêmes contester qu'un système très inégalitaire produise effectivement un maximum d'utilité. Tout dépend évidemment de la façon dont on mesure cette utilité mais tout de même, prenons un exemple précis: même si une bouteille de vin de grand prix (prenons le cas d'une bouteille à 1000 euros, relativement courante dans les très grands restaurants) a une utilité objective (mesurée économiquement par son prix) égale à celle de dix-mille litres d'eau en bouteille distribuées dans des villages africains, on ne peut admettre qu'il en soit de même du point de vue de son utilité humaine. Si le principe de la mesure de l'utilité par la monnaie, pierre angulaire de la théorie économique classique, peut avoir un sens lorsqu'on reste dans des ordres de grandeur et des situations de bien-être voisins, il faut acceptier qu'il ne peut s'étendre au-delà d'une certaine échelle, et qu'en particulier en ce qui concerne les biens vitaux il devient totalement inopérant. C'est précisément la raison pour laquelle l'arithmétique des utilités, calquée sur l'arithmétique des plaisirs chère à Bentham ne peut servir de critère unique à la mesure de la richesse. C'est aussi la raison pour laquelle on doit affirmer qu'un monde composé d'un individu nanti d'une fortune de 1000 milliards et d'un milliard de pauvres est un monde ni plus désirable ni meilleur, mais au contraire évidemment moins désirable et moins bon qu'un monde composé d'un milliards d'individus à la richesse plus ou moins répartie et dont l'utilité totale serait pourtant inférieure. C'est enfin la raison pour laquelle il faut clairement distinguer les notions de valeur d'usage et de valeur d'échange, que les notions de prix et d'utilité, de surcroît fréquemment confondues en économie classique, ont tendance à masquer.

    On notera au passage que cette évolution divergente des riches et des pauvres n'a pas toujours été liée à l'histoire du capitalisme. Si l'on prend le cas historique d'Henry Ford, le business model envisagé est même exactement l'inverse, puisque l'un des principes de l'abaissement des coûts par la standardisation était de permettre aux ouvriers de l'entreprise eux-mêmes d'accéder aux achats d'automobiles. Il existait donc derrière le projet du développement des ventes une action sociale intentionnelle et même explicite qui se conjuguait à l'action économique. Même si elle ne constituait pas nécessairement l'objectif final de l'opération, elle y trouvait sa place comme moyen, et même comme condition nécessaire de son succès.

    Ce n'est plus ce que nous observons aujourd'hui. A l'heure actuelle, la mode est plutôt à la recherche du haut de gamme, voire du très haut de gamme, en bien des domaines, ou bien à l'opposé au low cost le plus hard (comme dans le hard discount). Entre les deux, il ne reste désormais plus grand chose. Et l'on est en droit d'être effrayé par la survaleur exceptionnelle attribuée à certains produits de luxe.

    Les modèles donnés en exemple sont trompeurs. On met en avant Mark Zuckerberg comme modèle d'entrepreneur, alors que son parcours n'est pas reproductible. On suggère que les nouvelles technologies constituent un nouveau terrain de jeu si considérable que chacun y pourra y entreprendre: ce serait ignorer que toute économie de l'information est par nature plus facile à concentrer que l'économie réelle. Quand on envoyait des courriers papier, il fallait une masse de facteurs dans tous les pays du monde, mais combien de facteurs faut-il pour administrer les messageries électroniques? Quand le commerce était indépendant, les détaillants se répartissaient sur tout le territoire, mais maintenant, que représentent une dizaine de marchands en ligne face à des centaines de millions de consommateurs? On fait croire par les émissions de télé-réalité que le succès est démocratique, mais les vraies idoles people "marketées" sont désormais mondiales et se comptent seulement par dizaines, laissant là encore entrevoir un phénomène de concentration extrême.

    En janvier 2012, Hermès, marque d'accessoires de mode, avait une capitalisation boursière de 25 milliards d'euros, supérieure à celle de Renault (8 milliards d'euros) ou d'Arcelormittal (23 milliards d'euros).

    Or, qu'est-ce qu'Hermès, par rapport à Arcelormittal? Une petite entreprise (2 milliards de chiffre d'affaires contre 70) pratiquement dépourvue de capacités matérielles de production (immobilisations corporelles de 0,9 milliards contre 42 milliards), et qui a réussi à persuader les nantis et les parvenus d'acheter très cher des carrés de tissu coloré. Un minimum de distance critique permet pourtant à n'importe quel individu de bon sens de s'apercevoir que la valeur de ces foulards est tout aussi arbitraire que la valeur que les Chinois ont autrefois accordée aux coquillages ou les Sénégalais aux gnaïgnaï (objets tous les deux utilisés comme proto-monnaies), voire que les Hollandais ont accordé aux tulipes au XVIIème siècle. Une comparaison plus avisée irait d'ailleurs plutôt à ces couvertures tissées servant autrefois aux indiens d'Amérique dans le cadre du Potlatch, car dans ce cas il est clair que la valeur d'échange du produit (dont la fonction symbolique est d'être donné et non vendu) était totalement déconnectée de sa valeur d'usage. Il faudrait, pour approfondir la question,

    Par comparaison avec Hermès, qu'est Arcelormittal? Le leader mondial de la production d'acier, matière première indispensable à la construction des voies ferrées, des navires de commerce, des automobiles (donc de presque tous les moyens de transport), au coulage du béton armé (donc indispensable dans presque toutes les activités de bâtiment/travaux publics), etc. Par ailleurs, même au coeur de la crise financière de 2008/2011, le bénéfice moyen d'Arcelormittal (pourtant très impacté par la cyclicité de son activité) est resté trois fois supérieur à celui d'Hermès.

    N'est-il pas dès lors invraisemblable que l'ensemble des intervenants en bourse (dépourvus de conscience collective certes, mais agissant comme un système dynamique d'atttribution de valeur) s'accorde à estimer qu'Hermès vaut plus qu'Arcelormittal? Un tel symptome, parmi tant d'autres du même genre, ne constitue-t-il pas la preuve que s'il existe aujourd'hui une crise majeure, il est sans doute possible de la voir comme une crise de la valeur, et que celle-ci à sans doute à voir avec une crise des valeurs?


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